Le bilan des Français sur le sarkozysme
À mi-mandat, la politique conduite par Nicolas Sarkozy apparaît comme laissant de côté la lutte pour l’emploi et le pouvoir d’achat en dépit de réformes en faveur des plus riches ou qui ont aggravé la vie quotidienne des autres.
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Editorial Par Jean-Emmanuel Ducoin
Mise en demeure
À quel degré de fièvre et d’ébullition une société devient-elle performative, proche d’un basculement signifiant l’espoir d’une contestation massive et durable ? Nicolas Sarkozy, depuis son palais en convulsions, franchit donc ce qu’il est convenu d’appeler « la mi-mandat » et, à la faveur de ce cap, beaucoup de commentateurs évoquent d’inévitables complications en usant de comparaisons ridicules. Le chef de l’État peut néanmoins en témoigner. Si officiellement « tout va pour le mieux », quelques nuages se sont accumulés au-dessus du sarkozysme ambiant, au point que l’hôte de l’Élysée a cru bon, ces derniers jours, de « recadrer » assez sauvagement les principaux thuriféraires de son monocrate régime.
Habitué à jouer les divisions au sein même de son camp d’affidés, le président éprouve des difficultés sur des dossiers aussi différents que la taxe professionnelle, la fiscalité des sportifs, le grand emprunt ou l’omniprésence de ses conseillers dans le débat public…
Parler de « fronde » reste, pourtant, prématuré. D’ores et déjà seul en lice pour 2012 – sauf à considérer qu’un Villepin, héraut d’une vocation pour l’instant réduite à lui-même, puisse renverser la table –, Nicolas Sarkozy a tout intérêt à alimenter une contestation maîtrisée, qui, loin de le desservir, le replace mécaniquement en position d’arbitre suprême. Même l’intervention de François Fillon, qui semble redécouvrir les droits d’un premier ministre, sonne creux. Si les Français, victimes d’une tempête sociale sans précédent, se montrent très sévères dans les différents sondages, le tangage politico-interne auquel nous assistons est-il inventé, feint, manipulé ?
Une fois époussetée la superficialité du spectacle politique, l’essentiel est ailleurs.
Sarkozy l’a dit et répété, il n’a pas d’autre choix que de poursuivre son entreprise de destruction de l’esprit français : s’il s’arrête, il tombe ! Car le danger du sarkozysme a depuis longtemps quitté le statut fictif de la menace, il est bel et bien en application, affectant toutes les structures de la nation. Social, institutions, libertés, justice, médias, etc., la mise en œuvre façon gangrène touche dorénavant l’intégrité même de la République, soumise à une nouvelle architecture de soumission.
On aurait d’ailleurs tort de croire que le sarkozysme n’existe pas. Forme française contemporaine d’une idéologie qui ne veut pas dire son nom, celle-ci se décline exclusivement sous les traits vulgaires de l’actuel titulaire, mais porte, avec d’autres, beaucoup d’autres, une conception de la citoyenneté – connaissent-ils encore ce mot ? – très différente de celle dont la France pensait être l’une des héritières depuis les Lumières et la Révolution.
Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, estime qu’avec Sarkozy, « c’est l’histoire de la pensée universelle française qui redémarre ». Un sentiment de honte nous a étreints légitimement à l’écoute de ces mots. Avec ces gens-là, les frontières de l’inacceptable sont souvent enfoncées et si le pire n’est pas impossible, il n’est pas non plus inévitable. L’important cycle électoral, qui débute en mars avec les régionales, n’y suffira pas.
C’est quotidiennement que, pied à pied, toutes les forces de progrès et d’engagement doivent imposer le retour dans le plein pays de la République. Le sarkozysme n’a pas encore gagné et cette période de mi-mandat, plus agitée que prévue, résonne comme une mise en demeure. Envers lui. Envers nous tous.
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« Au creux de la vague, Nicolas Sarkozy veut rebondir. »
François Miquet-Marty, directeur associé de Viavoice, agence d’études politiques, analyse les rapports de Nicolas Sarkozy à l’opinion.
À mi-mandat, Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages avec 39 % d’opinion favorable.
Comment expliquez-vous cette situation ?
François Miquet-Marty. Deux raisons principales. D’une part, le manque
de projets, de perspectives d’avenir de la part du pouvoir. D’autre part, la majorité considère que le PS n’est pas suffisamment en mesure d’être un contre-pouvoir. Conséquence, les compétitions sont davantage internes à la majorité que tournées vers l’opposition de gauche.
La crise, le décalage entre les discours,
les actes et la réalité vécue par les Français ne concourent-ils pas à cette dégradation ?
François Miquet-Marty. Il y a deux volets. D’une part, toutes les enquêtes d’opinion, les intentions de vote confirment que la crise fait pencher l’opinion des Français vers la gauche. Et ce, dans toute sa diversité. On voit une gauche socialiste qui entre en convalescence, une gauche Europe Écologie toujours forte, et une gauche avec le PCF et le Front de gauche de plus en plus solide. Jusqu’ici, les difficultés du PS donnaient à considérer que celui-ci malade, toute la gauche était malade. La réalité est autre. Il y a une dynamique à gauche qui prend appui
sur les préoccupations des Français.
Quel est le deuxième volet de fragilisation
du pouvoir ?
François Miquet-Marty. Ce sont toutes les affaires qui ont donné lieu à des polémiques. Elles révèlent, d’une part,
le manque de fidélité de Nicolas Sarkozy à ses engagements. Ses promesses de réhabiliter le pouvoir d’achat ou la valeur travail n’ont pas été tenues. D’autre part, la prise de distance entre le président et les préoccupations des Français, comme en témoigne l’affaire Jean Sarkozy au moment où des Français, toujours plus nombreux, entrent dans la crise. Enfin, les questions liées à l’éthique et la morale. En ces temps de crise, les Français, de droite ou de gauche, sont de plus en plus attachés à ces valeurs. Et ils ont l’impression que le pouvoir accorde plus d’importance
à l’argent qu’au respect de ces valeurs.
Quelles sont les réformes qui ne sont pas passées chez les Français ?
François Miquet-Marty. Depuis août, une seule réforme populaire, l’extension du RSA aux jeunes de moins de vingt-cinq ans. Toutes les autres sont impopulaires, notamment deux, la taxe carbone et la suppression de la taxe professionnelle. Ce qui est très pénalisant pour l’exécutif. Ce sont deux dispositifs majeurs pour le budget 2010. Depuis les élections européennes, on a le sentiment que l’exécutif perd un peu la main par un excès d’assurance, persuadé qu’il peut réformer sans trop tenir compte
des difficultés des Français. Y a-t-il un décrochage de l’opinion et quelles sont ses marges de manœuvre
avec une majorité pour le moins troublée
par sa politique ? François Miquet-Marty.
Décrochage oui, mais tout relatif. Car, 39 % de confiance après deux ans et demi de pouvoir, ce n’est pas si mal. Cela aurait pu être pire. C’est plus un trou d’air de mi-mandat qui ne devrait pas compromettre durablement la seconde moitié de son quinquennat.
Il a la possibilité de rebondir. Cependant, c’est vrai que ses marges de manœuvre sont limitées. La majorité parlementaire est ébranlée par sa politique et 17 %
des Français seulement, ce qui est très peu, se déclarent proches de l’UMP. Mais son horizon est beaucoup plus large que ça.
La seule façon de s’en sortir est, pour lui, de dépasser sa propre famille politique en s’adressant à tous les Français sur
des enjeux plus fédérateurs. C’est ce qu’il essaie de faire aujourd’hui.
Entretien réalisé par Max Staat
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Jean-François Bayart : “il n’y a pas d’identité française”
Jean-François Bayart est directeur de recherche au CNRS (SciencesPo-CERI) et président du Fonds d’analyse des sociétés politiques, auteur notamment de L’Illusion identitaire (Fayard, 1996), de Le Gouvernement du monde. Une critique politique de la globalisation (Fayard, 2004) et de L’Islam républicain (Albin Michel), à paraître le 3 mars 2010.
Dans l’entretien que nous reprenons, initialement publié sur LeMonde.fr le 6 novembre 2009, Jean-François Bayart fait une analyse sévère de l’opération « identité nationale »....
http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article3575
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Privatisation de La Poste : à quoi joue le PS ?
… C’était sans compter sur un étrange rebondissement. Le 5 novembre, dans l’après-midi, les sénateurs socialistes décident curieusement de retirer une partie de leurs amendements, facilitant ainsi l’avancée des débats. Comme si, soudainement, ils abandonnaient le champ de bataille en pleine mêlée.
Dans la foulée, un amendement déposé par les élus écologistes, propose d’instituer, dans le cas de sa transformation en Société anonyme, un droit de préemption de l’Etat sur toutes cessions d’actions de La Poste par d’autres actionnaires, comme la Caisse des dépôts ou les salariés. C’est une sorte de filet de sécurité si la loi est finalement votée, et une manière de tester la sincérité du gouvernement sur sa promesse de ne pas procéder à une privatisation, même partielle.
Alors que l’amendement a des chances d’être voté, le gouvernement lâchant la bride à ses troupes de sénateurs, les 110 élus PS refusent de prendre part au vote… Laissant seuls les 24 communistes et les cinq verts....
http://www.bastamag.net/spip.php?article738
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