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Université Paris-Dauphine : toujours en « pointe » !
Par Mireille Poirier, Maître de conférences à l’université Montesquieu-Bordeaux-IV.

Peut-on accepter la marchandisation de l’enseignement supérieur ?

« Licenciement » des fonctionnaires, augmentation des frais d’inscription à Paris-Dauphine… certains dossiers, vieux de quelques lunes, ressortent opportunément des placards, comme par magie – gages de « modernité » livrés en pâture à l’opinion publique, à la faveur de la campagne électorale. À quelque chose malheur est bon  : l’occasion est donnée de revenir sur l’évolution – les dérives – de l’enseignement supérieur en France. À cet égard, l’université Paris-Dauphine conserve sa place de « bon élève ».

Sélection à l’entrée de l’université  ?
Depuis sa création, en 1971, Paris-Dauphine a pratiqué, en toute illégalité, une sélection de ses étudiants – en guise de réponse à la démocratisation des études supérieures. Il est vrai qu’en raison de la faiblesse de leurs moyens, les universités françaises ont bien des difficultés à faire face à l’heureuse évolution.

L’État américain, dont le système universitaire est si souvent cité en modèle, consacre deux fois plus de moyens à ses universités que l’État français… Quoi qu’il en soit, en France, et pour l’heure, les universités ne sont pas autorisées à opérer une sélection à leur entrée… Toutes, sauf l’université Paris-Dauphine. En effet, en février 2004, cette université « modèle » a sollicité et obtenu le statut dérogatoire de « grand établissement », ce qui lui permet, notamment, de sélectionner ses étudiants, désormais en toute légalité (1).

Augmentation des frais d’inscription  ?
Les montants des droits d’inscription à l’université ne sont pas laissés à l’appréciation de chaque université. Ils sont fort heureusement définis, chaque année, par arrêté 
ministériel.

Ainsi, pour la rentrée 2009, ils s’élèvent à 171 euros pour chacune des trois années de licence, 231 euros pour les deux années de master et 350 euros pour la préparation d’un doctorat.

En 2007, le nouveau président de Paris-Dauphine a cependant lancé un projet d’augmentation des frais d’inscription – projet qui a provoqué un avis négatif du Conseil d’État en février 2008. Qu’à cela ne tienne. Le projet a été maintenu, et même adopté en conseil d’administration. L’augmentation programmée vise environ 1 500 étudiants en masters (4e et 5e année), pour lesquels les frais d’inscription peuvent atteindre 4 000 euros.

Une légalité plus que douteuse
Cette fois, Paris-Dauphine a fait un petit effort pour donner l’illusion du respect de la réglementation applicable  : de manière à contourner le principe de la limitation du montant des frais d’inscription, l’université a décidé de transformer les diplômes nationaux qu’elle délivre (diplômes de masters, en l’occurrence) en diplômes d’université.

En effet, ces derniers ne sont pas astreints aux mêmes règles  : ils peuvent être créés librement par les universités, et « vendus » aux étudiants au « prix » librement fixé par l’université qui les a créés. La manipulation est sans aucun doute ingénieuse. Elle n’en revient pas moins à ne pas respecter la loi – en ce que celle-ci impose la limitation des frais d’inscription dans les établissements publics d’enseignement supérieur.

Concurrence et consommation
Une réflexion à court terme conduira à penser que la décision n’est pas si scandaleuse que cela dans la mesure où ne sont visés par cette augmentation des frais d’inscription que les étudiants aux revenus fiscaux supérieurs à 80 000 euros par an (et non les étudiants boursiers), qui, une fois diplômés, se voient offrir une rémunération confortable (de 3 000 à 4 000 euros par mois). Plus des trois quarts des étudiants en master à Dauphine ne sont-ils pas des enfants issus des classes supérieures  ?

Plus fondamentalement, on constatera qu’une fois de plus, la création de diplômes d’université est la porte ouverte à une concurrence débridée entre universités françaises (2), au détriment d’un égal accès au service public de l’enseignement supérieur.

Ce qu’apporte, avec plus de clarté encore, la décision récemment prise par Paris-Dauphine, c’est la logique de marchandisation de l’enseignement supérieur qui s’immisce dans le fonctionnement de nos universités. La qualité des diplômes universitaires devra-t-elle, désormais, être évaluée à l’aune du montant des frais d’inscription  ?

Faute de moyens, les universités sont incitées à chercher, des financements. Les étudiants sont invités, quant à eux, à se transformer en clients potentiels, susceptibles de demander un retour sur investissement. Et les enseignants-chercheurs  ? Vont-ils devenir des « marchands de soupe »  ? La pierre a été jetée dans la mare (électorale).

Le gouvernement va-t-il laisser faire  ? Va-t-on laisser faire le gouvernement  ? Pour l’heure, le conseil général des Hauts-de-Seine, présidé par M. Patrick Devedjian, a accordé une subvention annuelle de 400 000 euros à l’université Paris-Dauphine – qui ne respecte pas les lois de la République. Dans le même temps, cette collectivité locale supprimait une subvention annuelle de 900 000 euros à l’université de Nanterre. Ne cherchez pas l’erreur, il n’y en a pas  !
(1) Mais pas d’augmenter ses frais d’inscription.
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Un coup de poignard dans le dos. Analyse du premier rapport d’étape du CDHSS, par Elie Haddad (CR CNRS) et Laurence Giavarini (Mcf, université de Bourgogne), pour SLU (7 février 2010)

…À l’heure où la lutte contre la réforme dite de la « masterisation » essaie de préserver une véritable formation disciplinaire et pratique des enseignants et de défendre leur statut de fonctionnaire, à l’heure où la réforme des lycées contribue à affaiblir encore davantage les savoirs disciplinaires et leurs approches critiques dans l’enseignement secondaire, à l’heure où les conséquences de la loi LRU commencent à se faire sentir, où le management a remplacé toute autre forme d’administration et de « gouvernement », invalidant a priori toute réflexion véritable concernant le devenir de l’Université, le premier rapport d’étape du CDHSS ne peut apparaître que comme un coup de poignard dans le dos de la communauté des enseignants-chercheurs et des chercheurs.

Un jour, peut-être, des historiens ou d’autres praticiens des sciences sociales permettront de comprendre comment des intellectuels, des universitaires et des chercheurs ont pu à ce point, pour certains sans l’assumer ou même sans s’en apercevoir, adhérer à l’idéologie sarkozyste, et comment ils ont pu par là même renoncer, dans l’analyse de leur propre société, à ce qui fait le fondement scientifique de leurs disciplines : l’exercice de la réflexion critique. Encore faudra-t-il pour cela que les réformes qu’ils auront contribué à mettre en place n’aient pas détruit ce fondement, et les SHS avec....

http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article3419
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Défense juridique de la laïcité : 3 victoires

En Haute-Vienne
L’Église catholique entendait faire financer les ostensions, c’est-à-dire les expositions des reliques de « saints limousins », sur les fonds publics. Autant, la municipalité de Limoges avait refusé de faire droit aux demandes cléricales, autant le Conseil général et le Conseil régional ont plié le genou devant l’Église.
Le Tribunal administratif de Limoges a déclaré contraire au principe de laïcité et à l’article 2 de la loi de 1905 : « la République ne reconnaît, ne subventionne, ni ne salarie aucun culte », les délibérations du Conseil général et régional. Les 9 657 €, versés illégalement, devront être remboursés.

À Ploërmel, dans le Morbihan
Le maire de la commune avait décidé d’ériger, contre les dispositions de l’article 28 de la loi de 1905, une gigantesque statue de Jean-Paul II. Le Conseil général avait voté une subvention de 4 500€ pour financer le socle de la statue. Le Tribunal administratif de Rennes a annulé la décision, car depuis le 9 décembre 1905 : « il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soi ». Les 4 500€, versés illégalement, devront être remboursés.

À Wandignies-Hamage, dans le Nord
Le maire entendait laisser le crucifix, fixé sur le mur du local municipal servant de cantine scolaire pour l’École publique. Une militante de la Libre Pensée a porté l’affaire devant le Tribunal administratif de Lille. Celui-ci a exigé le retrait du crucifix dans une salle municipale. Le Maire a refusé d’obtempérer et a fait appel de la décision. La Cour d’Appel de Douai a rejeté la requête de la Municipalité et confirmé le premier jugement en référence explicite à la loi de 1905.
Lionel Decottignies
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Site éphémère,
au présent vindicatif